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Réflexions

Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 14:08


" Sans humour, le cerveau n'est qu'une matière toute grise "
entendu sur France Inter

Imaginons un groupe de créativité au sein duquel un facilitateur se prend au sérieux, énonce d'un ton docte des règles du jeu du fonctionnement créatif - la suspension du jugement, les deux temps de divergence/convergence, … - puis met le groupe en production d'idées …
Deux scenaris possibles à mon avis:
soit le groupe se soumet à ce climat emprunt de sérieux, et est amené donc à produire des idées « sérieuses »: ce qui veut bien dire que le jugement n'est pas suspendu : le mode de production d'idées riquera d'être immédiatement « dans le cadre » , efficaces , « poliquement correctes. Ici point de place pour le flou, pour l'ébauche d'idées encore imparfaites. Aucune prise de risques, personne n' « osera » le moindre « détour » créatif.
soit le groupe, saisissant le message totalement paradoxal du facilitateur, aura envie de déclencher une bascule chez ce facilitateur quelque peu coincé, et le groupe va alors s'y donner à cœur joie à ne produire que des idées provocatrices, par une émulation réciproque, au risque de ne faire que se purger sans jamais avoir une production quelque peu exploitable.

"La distinction la plus trompeuse est celle qui oppose
le travail et le jeu."
Germaine Greer


A la seule vision de ce scénario cauchemar, force est de constater qu'au cœur même du processus de facilitation d'un groupe de créativité, la posture de l'animateur se devra d'inclure l'humour. Le facilitateur en créativité se doit de proposer et d'incarner une séance de « travamusement » : travailler en s'amusant .
En quoi cette posture est-elle libératrice de créativité? Et quels moyens le facilitateur a-t-il à sa disposition?
Tout d'abord, l'humour va permettre aux participants d'accéder à leur énergie ludique. Car le du processus créatif est un processus de jeu: jouer avec ses représentations, jouer avec les sens différents, jouer avec les imaginaires, des futurs non encore existants, se mettre donc dans cet état d'esprit de l' « enfance » où tout est possible, rien n'est interditt, tout est combinable, décadrable, réutilisable, …
L'humour va également déclencher rire et plaisir, et par cela même ( voir article sur les effets physiologiques du rire ), des endorphines propres à mettre les participants dans un état d'
expansion de conscience propice à une production débridée, à un imaginaire foisonnant, aux ressources de son inconscient car activant des circuits neurologiques non accessibles habituellement.
L'humour va  avoir également une portée pédagogique puissante: à l'instar de l'adage «  un beau dessin vaut mieux qu'un long discours » , l'humour  peut libérer des prises de conscience déflagratrices .
Enfin l'humour est au cœur même de l'expérience créative: permettant une prise de recul par rapport à une situation difficile ( cf l'humour juif), le décadrage ( Boris Vian, Picasso, Raymond Devos, le récup'art, …) , l'aide à l'apprentissage ( le conte ou la parabole), la prise de conscience ( par la caricature) .

"Les gens qui ne rient jamais
ne sont pas des gens sérieux."
Frédéric Chopin

Aussi étayer sa formation ou son intervention de supports permettant cette distance par l'humour:
des petites histoires illustratives, des contes ou des paraboles ( j'aime particulièrement les « brèves de comptoir » de JM Gouriot ou les contes soufis hautement métaphoriques)
des extraits de film
des powerpoint humoristiques
des situations caricaturées, dessins illustratifs, bandes dessinées, ...
des jeux et des situations dans lesquelles les participants seront invités à l'humour
et bien sur une congruence dans la posture même de l'animateur .


Je ne peux que conseiller à tout animateur de créativité à développer sa capacité à prendre les choses avec humour en ayant, par delà son professionnalisme de facilitateur, des activités telles que : ateliers d'écriture, collage, clown, conte, ….. lui permettant d'incarner la posture créative de « suspendre son jugement ».
Attention toutefois: l'humour se devra d'avoir une portée pédagogique ou adaptée au thème ou au groupe : rien de pire que de « séduire » un groupe avec une blague quelque peu « lourde »  au relents souvent racistes ou sexistes!

Isabelle Jacob
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 15:34
L 'année 2009 a été marquée par une prise de conscience que « rien de va plus », alimentée  par de drôles de phénomènes: crises de gouvernance, remises en question du tout libéral et du tout financier , développement de symptômes graves de souffrance au travail, avec ses phénomènes de « burn out », de Troubles musculo-squelettiques, de dépression nerveuse, voire de suicide, tout ceci sur fond d'interrogations sur les équilibres écologiques à Moyen terme, le moyen terme se rapprochantt de jour en jour , de délocalisations quelque peu abusives, de privatisations aux effets pervers,  d'opérations de fusionsacquisitions, de crise boursière, de violences urbaines, ou de violences rurales, de licenciements encore et encore, de doutes sérieux sur le bien fondé scientifique des campagnes de vaccination  anti-grippe, ...et de constant que l'équilibre Nord-Sud n'est décidément pas prêt de se faire.
Et chacun de se réinterroger sur les nouvelles priorités à mettre en œuvre tant dans son quotidien de consommateur, de citoyen ou de travailleur .

Aussi je ne peux que nous souhaiter que 2010 soit un tournant vers une conception « hédoniste » de notre rapport à la plupart de nos actions, et de mobiliser notre créativité personnelle et nos créativités collectives pour modifier nos modes de travail, d'organisation, de leadership , d'innovation autour de valeurs « éthiques » .
Il y a tout à inventer, à réinventer!!!

Définition de la philosophie hédoniste :(selon Wikipédia)
« Les penseurs hédonistes ont orienté leur vie en fonction de leurs dispositions propres, mais on retrouve des thèmes communs : l'amitié (thème cher à Épicure), la tendresse, la sexualité libre, les plaisirs de la table, la conversation, une vie constituée dans la recherche constante des plaisirs (cf. Le Gorgias de Platon), un corps en bonne santé. On peut aussi trouver la noblesse d'âme, le savoir et les sciences en général, la lecture, la pratique des arts et des exercices physiques, le bien social...
Dans le même temps, les douleurs et les déplaisirs à éviter sont les relations conflictuelles et la proximité des personnes sans capacités contractuelles (sans paroles), le rabaissement et l'humiliation, la soumission à un ordre imposé, la violence, les privations et les frustrations justifiées par des fables, etc.

Ainsi, il n'y a pas d'hédonisme sans discipline personnelle, sans ascèse, sans connaissance de soi, du monde et des autres. Les fondations directes d'une philosophie hédoniste sont la curiosité et le goût pour l'existence d'une part, et d'autre part l'autonomie de pensée (et non la croyance), le savoir et l'expérience du réel (au lieu de la foi)».

Que voilà un beau programme!
Remettre l'Eros au centre de nos vies!
Devenir poète de nos vies, de nos relations, de notre savoir !

Une philosophie de la vie redonnant donc le pouvoir à l'Eros, une des 5 divinités primordiales de l'antiquité, celui qui « dompte l'intelligence et la sagesse ». « Éros est à l'origine de la création. Il nait de l'œuf cosmique issu de l'union de l'Éther et du Chaos. À la fois mâle et femelle, il a de nombreuses têtes d'animaux. ... Pour Phèdre, Éros est une divinité primordiale, « celui qui fait le plus de bien aux hommes », « il inspire de l'audace », « est le plus ancien, le plus auguste, et le plus capable de rendre l’homme vertueux et heureux durant sa vie et après sa mort . ..Agathon le présente comme le plus beau et le plus jeune des Dieux, n'en déplaise à Hésiode et Parménide. C'est un Dieu délicat qui « marche et se repose sur les choses les plus tendres » et « s'éloigne des cœurs durs ». Il est formé d'une essence subtile – c'est la grâce qui le distingue –, ne peut recevoir aucune offense, est de la plus grande tempérance. C'est le plus fort des Dieux, plus fort qu'Arès même. Il est très habile car il rend poète celui qui est inspiré de lui... Pour Socrate, Éros est amour de quelque chose : c'est l'amour de la beauté.»  ( source Wikipédia)...

Faire plaisir et se faire plaisir .

Programme égoïste?


Oh que non! Programme révolutionnaire ! Car désirer cela c'est réorienter toute notre énergie de créativité vers cela, faire en sorte que cela soit possible , franchir les obstacles, les croyances, les valeurs « anti-vie » qui nous entourent et dont tant se font les porte-paroles , voire les porte- drapeaux.
D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que « La pensée hédoniste a été fermement combattue par les régimes autoritaires (qu'ils soient religieux, philosophiques ou politiques). » ( source Wikipédia). Ou que cette philosophie a été caricaturée, dévalorisée, ridiculisée en l'accusant de maux de dépravation ou d'individualiste  ou en la cantonnant à une acception purement « génitale ».
D'après Michel Onfray, l'hédonisme se résume par cette maxime de Chamfort : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale ».( source Wikipédia)

Car imaginons les conséquences sociétales de ce principe philosophique:

    plaisir et alimentation: privilégier le goût, l'apprentissage du goût : réhabiliter les fruits et légumes frais, et de saison, avec des circuits  de distribution courts, réhabiliter les herbes aliments, nourrir  correctement les animaux gambadant allègrement, prendre le temps de faire à manger, …
    plaisir et habitat: lutter contre les dérives de l'anonymat ,  permettre à chacun d'avoir un minimum d'espace pour vivre, inventer de nouvelles formes de partage de l'espace pour recréer une mixité interclasses, inter-générationnelle, interculturelle,  et créer les conditions pour que les habitants créent du lien entre eux, et puissent travailler et habiter dans des espaces proches (lutter contre les cités dortoir), redonner sa place aux piétons, aux places de marché, aux fêtes partagées, …
    plaisir et travail: réenchanter le travail avec un rêve, une vision partagée, s'appuyer sur les désirs, les rêves, les talents et les ressources de chaque collaborateur – au sens premier du terme co-élaborateur
    plaisir et vie politique ( « science des affaires de la cité ») : réenchanter la politique par une approche participative, des comités citoyens, une écoute des désirs, des projets communautaires,  
    plaisir et sciences : consacrer des budgets de recherche à la résolution de grands fléaux mondiaux tels que l'accès à l'eau, lutte contre la faim, énergies propres, désertification, exodes économiques ou climatiques, pandémies ( paludisme, sida, …) … valoriser les grandes découvertes renforçant les lois du vivant , ( et non la science au profit de la guerre, de la compétition, de l'appropriation et l'industrialisation du vivant, ..) - Réenchanter la recherche  par une approche éthique
    plaisir et économie: modifier les critères qualitatifs de mesure de nos performances économiques en mettant en avant des critères de bien être global – revaloriser les métiers créateur de valeur ajoutée humaine: soignants, éducateurs, chercheurs, services publics. .. toutes celles et ceux qui créent du savoir, du lien, du soin 
    plaisir et éducation: une éducation générant passion et motivation à apprendre,  permettant une réelle expression des talents de chacun, basée aussi bien sur le savoir que sur la vie en groupe, la connaissance de soi, des autres et du monde, autonomie de pensée, curiosité. Une éducation où l'on apprend dans le plaisir, par le jeu, par l'implication, par l'expérience du réel. Une éducation où l'on parle davantage des merveiles du vivant, des grands penseurs , des grandes civilisations, des grands découvreurs que des guerres . Une éducation « aspirationnelle » , qui donne le goût pour l'existence, qui donne envie de vivre, de créer,  s'exprimer, de s'impliquer, ...
     plaisir et relations familiales et amicales : nos vies professionnelles se nourrissent de notre vie professionnelle et vice-versa ) arrêter donc de les opposer , de les cliver – développer des modes d'organisation du travail plus souples, prenant en compte l'importance d'une épanouissement affectif de chacun, le temps de se ressourcer,...
    plaisir et créativité: c'est bien le propre de l'humain de disposer de plusieurs langages d'expression et de pouvoir « créer sa vie » et « résoudre en permanence des problèmes » pour s'adapter . Remettre au centre ce pouvoir de créativité en ne le cantonnant pas aux artistes et faisant de nous des « consommateurs » d'art et de culture , mais en nous redonnant notre pouvoir de créer nous-même nos dispositifs artistiques et culturels. Mettre systématiquement en place des modalités d'intelligence et de créativité collective, afin que chacun s'approprie les changements, les innovations,... et se responsabilise dans la résolution des problèmes rencontrés en cours de route.


Ceci veut bien dire de modifier nos priorités:
Arrêter de vivre de façon schizophrénique, une vie où plaisir et travail sont opposés, où vie privée et vie professionnelle deviennent incompatibles.
Arrêter de mobiliser notre créativité pour des innovations sans valeur ajoutée systémique , sans sens, qui ne servent qu'à une course en avant , sans vision à long terme
Arrêter d'opposer la logique humaine à la logique économique
Arrêter la recherche d'efficience en manageant au « chantage », par la peur et par le stress paralysants, toxiques voire pervers.
Arrêter la mise sous compétitionon au profit de modes de collaboration coopératifs, avec une volonté d'obtenir un haut niveau de satisfaction tant interne qu'externe
Arrêter de courir pour prendre le temps de la réflexion, de la prise de recul
Arrêter de ne considérer nos organisations que comme des machines à produire , dont les humains ne sont que des rouages, mais les construire sur des rêves et des visions riches de sens,  créant pour chaque collaborateur les conditions d'une fierté d'appartenance et mobilisant la motivation et la créativité de chaque collaborateur.

Je suis un acteur de ce changement

Comme je ne peux attendre que les autres fassent le boulot, comment chacun d'entre nous peut-il se responsabiliser pour mettre dans sa vie cette composante du plaisir? Pour mettre de la vie dans sa propre vie ?

En tant que membre d'une entité familiale:
    prendre plaisir à écouter ses enfants, à jouer avec eux, à apprendre avec eux, à créer avec eux
    prendre plaisir à tirer de l'expérience de vie des anciens des enseignements pour notre vie d'aujourd'hui, les faire témoigner, assurer le partage de l'expérience auprès des jeunes générations
    toucher, caresser , les êtres que l'on aime, être à leur écoute, les valoriser , leur dire qu'on les aime
    créer des évènements, rencontres, partages, diners, fêtes,... permettant de rire, de se raconter,
    avoir des temps informels , « gratuits », pour prendre le temps de manger en bonne compagnie dans des conversations et des échanges riches, des voyages

En tant que membre d'une équipe de travail
    encourager la formation permanente, les échanges de pratique,
    développer un leadership éthique, et congruent, s'appuyant sur les passions, les talents et ressources  et les rêves de ses collaborateurs et de ses clients, et préservant un équilibre systémique et écologique
    créer un climat au sein de nos équipes fait de relations authentiques, avec des relations managériales respectueuses, valorisantes.
    mettre en place ou proposer des rituels forts: rituels de régulation de la vie affective de l'équipe, rituels de valorisation des travaux entreprise collectivement

En tant que citoyen
Lire, s'informer, être curieux de son environnement , des faits sociologiques et environnementaux
Se responsabiliser dans un projet collectif quel qu'il soit : être soi-même acteur avec d'autres de projets citoyens créant du lien, de la beauté, du soin, de la solidarité,...


En tant qu'éducateur ou enseignant
    focaliser sur le « donner soif d'apprendre » plus que sur le contenu
mettre les élèves ou apprenants dans des dynamiques de projets
favoriser les dynamiques de coopération plutôt que de compétition
éviter le dépersonnaliser l'enseignement , d'objétiser nos élèves et apprenants et garder une posture ouverte , encourageante, valorisante , mettant en exergue les talents et ressources sur lesquels s'appuyer et renforçant l'estime de soi.
se mettre soi-même en état de créativité permanente, se mettre constamment « en danger » pour sortir de la routine, avoir un enseignement « vivant »,  et en mesure de transmettre sa propre passion, son « état de grâce » , son « feu sacré »

En tant qu'acteur de changement leader, manager

    développer des innovations soucieuses du bien social et créatrices de valeur et de plaisir partagé
    améliorer les processus de travail , de production aussi bien que les « produits » ou services avec un souci qualitatif  répondant  tant à  la satisfaction des client, des fournisseurs que de ses collaborateurs
    prendre le temps d' une pratique sportive régulière et d'une pratique des arts ou pratiques méditatives , afin de prendre du recul, solliciter son imaginaire, se mettre en danger, se mettre en état de créativité, se connaître soi-même   

Privilégier des choix professionnels dans lesquels le goût « de la belle ouvrage », la fierté d'appartenance, le sens de l'action, l'apprentissage continu et le climat professionnel stimulant de relations positives et la créativité nous donnent notre compte de plaisir .
Privilégier des choix personnels dans lesquels je prends soin de moi, de ma santé, de ma créativité, de mes amitiés , de relations et aventures nourrissantes, de mon environnement proche et de la planète.
Déguster la vie par tous les sens : tomber en extase devant une rose qui s'épanouit ou la main d'un bébé, frissonner à l'écoute du chant du merle ou d'une symphonie, bouger son corps et danser sur la battement des percussions, déguster une fraise de saison ou une coupe de champagne, rire et chanter, enlacer ses proches , les toucher, et se laisser toucher , au sens propre comme au sens figuré, leur dire qu'on les aime et accepter qu'on nous aime.
Se mettre en état de créativité permanente, pour éviter la grisaille de la routine, pour passer de rebelle à constructif, pour passer de passif à pro-actif, pour inventer le monde de demain, pour attiser notre "feu sacré", notre passion de vivre, pour apprendre et encore apprendre et expérimenter .


Que cette nouvelle décennie nous permette ainsi, par cet attracteur étrange qu'est le plaisir, de sortir du chaos, de créer une synergie de nos énergies et de nos créativités, avec des effets exponentiels sur nos environnements de vie et professionnels, sur nos relations à nos proches et à nos "lointains".

Bonne année et bonne décennie

Isabelle Jacob
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 22:34
Au cours du processus créatif lorsque l' on parvient à la phase de convergence, une véritable chape de plomb peut venir s'abattre sur le groupe avec un processus de convergence parfois poussif, long et fastidieux. : reclasser les idées par famille ( "clusterisation" dans le jargon franglais des fans du CPS).
Cette phase est particulièrement difficile: certes , elle permet au groupe de se réapproprier l'ensemble de la production, l'oblige à faire un exercice de synthèse, mais ce reclassement prend beaucoup de temps, et l'énergie du groupe retombe bien souvent dans cette phase là – Beaucoup de participants, notamment les plus imaginatifs laissent 2 à 3 « leaders»  plus "adaptateurs" réaliser cette opération.
Vient ensuite le temps de la sélection :
sélectionner les idées à partir de critères prédéfinis pour rationnaliser des choix d' idées valant le coup d'être développées.( par exemple en utlisant le grille EOFC ( Efficacité – Originalité – Faisabilité - Cohérence) 

Il arrive bien souvent, en fin de cette sélection, que le groupe soit démobilisé totalement, et quand vient le temps de créer des binômes ou trinômes pour développer les idées, créer des fiches concepts, mobiliser l'énergie en fin de parcours devient un exploit -
Comment maintenir le feu sacré du groupe jusqu'au bout?
Pourqoi le processus de convergence se doit-il d'être si fastidieux? Pourquoi de pas continuer à nous appuyer, lors de cette période, sur  deux des ressorts clefs de la créativité  : passion et intuition.

La sélection "affective"

De plus en plus, j'utilise le procédé de la « sélection coup de coeur ».
La consigne est simple et claire: je demande à chacun de choisir les idées qui, pour eux , seraient les plus magiques à leurs yeux, celles qui ont une étincelle de génie en elles, celles qu'ils « sentent » bien, peu importe pourquoi , celles qui les feraient rêver, les plus « fun » , les plus aspirationnelles, celles pour lesquelles ils seraient prêts à mettre de l'énergie pour continuer à les peaufiner – Je leur demande expressément de ne pas être trop focaliser sur la faisabilité et de procéder à un choix totalement subjectif, non rationnel,  un choix affectif, émotionnel, intuitif, résolument « cerveau droit » : les idées « insight » , les idées « Eureka », les idées "géniales".

On arrive ainsi à focaliser sur des idées dans lesquelles le groupe a mis de l'énergie -
Et c'est autour de ces idées  que les binômes ou trinômes volontaires  vont aller revisiter l'ensemble de la production du groupe, pour aller rechercher les idées produites qui peuvent venir enrichir l'idée « coup de coeur » , lui apporter des compléments, des regards différents, des potentiels de développement, … et ainsi transformer l'idée de départ en un véritable concept enrichi.
Et du coup, ce reclassement s'effectue de façon très rapide, de façon « fun », dans une dynamique « oui...et » , très enthousiasmante.

Alors, le groupe, amoureux de son idée, est prêt à dépenser de l'énergie pour les étapes suivantes telles que PPCO( plus, potentiels, craintes, options) et la formalisation de la fiche concept : dès lors, les critères d'aide à la décision concernant l'efficacité, l'originalité ( ou du moins le plus concurrentiel), la faisabilité et la cohérence avec le promoteur de l'idée sortent d'eux-mêmes. L'intuition est ainsi confortée par des arguments plus rationnels et se transforme au fur et à mesure en une clairvoyance, une évidence solide.

Qui plus est, les idées sont prêtes à être défendues et portées par les participants, prêts à défendre becs et ongles la poursuite de leurs projets, à remuer ciel et terre, à trouver alliés, compétences, ressources  pour faire éclore, grandir et faire vivre l'idée , ... véritables fers de lance de la dynamique projets qui suit la dynamique créative.


Un manque de rigueur?

MAIS, j'entends déjà les remarques dénonçant le peu de rigueur de cette approche basée sur l'intuition.
Allons donc voir de plus prêt ceux qui ont étudié le rôle de l'intuition dans les processus de décisions.
L’intuition est le mode de fonctionnement le plus ancien et le plus naturel de l’esprit humain. L ’intuition nous donne une « image » beaucoup plus complète d’une situation que ne peut le faire l’analyse rationnelle. Elle se base sur une quantité de données accumulées consciemment ou inconsciemment par l’ensemble de nos sens et procède par éclairs intuitifs, sollicités ou non, et s’avère particulièrement utile dans les processus décisionnels, particulièrement dans des situations complexes.

« C'est avec la logique que nous prouvons et avec l'intuition que nous trouvons. », nous dit Henri Poincaré. D'ailleurs, la plupart des scientifiques vous le diront : « sans éclairs intuitifs, point de découvertes ». Archimède, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Albert Einstein et même Descartes ont fait l’éloge du processus intuitif.
Carl Gustav Jung, dejà en 1920, pensait que les managers intuitifs ont une capacité décisionnelle que le reste des personnes n'a pas, et cela consiste en une sorte de vision de ce qui va se passer.
Glaser note que l'intuition est vitale dans les décisions de Recherche et Développement .  Agor préconise le recours à l'intuition pour des décisions concernant l'émergence de nouvelles tendances ou de crises. Minzberg pense que l'intuition n'a jamais disparu dans la pratique quotidienne des cadres, elle s'est juste « dissimulée dans un obscur hémisphère du cerveau humain ». Papadakis suggère que les décisions de lancer un nouveau produit ou de se lancer dans une nouvelle activité ou encore les décisions marketing requièrent moins de rationalité que les décisions d'investissement financier ou de réorganisation interne .

Guy Aznar, dans son livre "Idées" a écrit sur l'indicatif hédonique:
Comment choisir la bonne piste parmi toutes ces ébauches d'idées qui parcourent la conscience ? Comment faire, au moment de l’invention, pour choisir dans la multiplicité des données qui traversent la conscience celles qui permettent d’atteindre un plus haut degré de cohérence ? …"le choix est toujours hédonique, affaire d’humeur plutôt que de logique », écrit William J.J. Gordon1… « Les inventeurs qui ont la chance improbable de découvrir de bonnes pistes savent être attentifs au sentiment intuitif de plaisir qui les avertit »…« il faut être aux aguets de ces sensations euphoriques…»… « l’orientation vers ce plaisir est un état psychologique susceptible d’être cultivé en tant qu’art d’atteindre le moment palpitant  du processus créateur »  « L’inventeur est en quête du plaisir annonciateur d’une solution élégante : il réagit à ce signal de solution comme à la sonnette de Pavlov et jouit d’un plaisir très vif".


Une intuition mature, infusée

Toutefois, afin de différencier processus intuitif et décision impulsive, encore faut-il que l'on ait  préalablement assimilé un maximum d’informations et déjà mûrement réfléchi de manière rationnelle à la problématique en question. Bref, que le processus de maturation nécessaire à la production d'une insight (char à Arthur Koestler) soit bien présent.
Ce qui est justement le cas en fin de parcours créatif :
les participants sont totalement imprégnés de la situation, ils ont longuement analysé le défi, les enjeux, identifié les sous-problèmes, se sont identifiés à la problématique, au porteur du projet, à ceux qui y résistent, ils se sont totalement assimilé les tenants et les aboutissants de la problématique , ont concassé, altéré, cherché des analogies, ont rêvé l'idéal, sont partis dans leur pensée magique, ont traduit déjà, dans les processus de croisement , les idées totalement magiques en idées plus directement réalistes, même si encore un peu folles. Le processus de maturation , de connexions inconscientes a ainsi été tellement accéléré que l'insight final est présent – et il est évident que dans toute la production du groupe, si foisonnante soit-elle, quelques idées ont directement « touché » les participants de leur fulgurante évidence de l' « Eureka ». Et c'est bien cela qu'il s'agit de saisir maintenant dans ce moment clef de la présélection. Moment où toute la qualité de la production créative peut se jouer , les idées les plus géniales pouvant être irrémédiablement vouées à être perdues !!!

On peut donc légitimement se fier à l'intuition de nos participants, bien plus même qu'à un processus rigoureux de sélection, avec critères, matrice pondérée, …. qui, de toutes façons, n'échappe pas non plus à la « subjectivité » ( on n'a qu'à voir les différences de notations entre participants lors de processus de sélection avec matrices )


Ainsi donc, le processus de convergence final reste-t-il fidèle à la posture créative globale, dans une ouverture à l'enrichissement, à la  combinaison, d'enrichissements, d'élaboration,  et aussi d'intuition, de plaisir et de passion.
La convergence hédonique en quelque sorte.

Et l'on aura ainsi suivi le précepte édicté par Mark Raison sur la convergence:
"Converger n'est pas éliminer,
c'est faire des choix constructifs"
et il n'y a qu'une lettre qui diffère entre "évaluer" et "évoluer"

Je dirais quant à moi,
"Converger , c'est construire sur ses intuitions
et les rationnaliser."


Isabelle Jacob


sources bibliographiques:
- Glaser : «  measuring intuition « - research technology Management – 1995
- Agor: « Using intuition to manage organzations in the future  » - Business Horizons – 1984
- Minzberg  - le Manager au quotidien – Edtions dorganisation - 1984
- Papadakis: «  strategic decision making processes: the rôle of management and context – Strategic management Journal - 1998
 - W.J.J. Gordon. "La synectique" - Editions Hommes et techniques. 1965.
- Guy Aznar - Idées - Editions d'organisation- 2005
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /2009 17:36
Tous les ans, ça nous reprend :
un ou 2 jours avant la fin de vacances, un petit nuage apparaît dans le cerveau, qui passe vite fait et vient brouiller en quelques secondes ce moment magique au bord de la mer ou en extase totale devant le coucher de soleil en montage ou ce parfait moment de partage entre amis, un petit pincement  au plexus, tout petit, mais zut!!!

Puis, 1 ou 2 jours plus tard:  sur le chemin du retour , une digestion pas évidente, des bouffées de transpiration, une vague inquiétude, une moue sur le visage, un regard qui se ternit, la respiration qui se rétrécit :

ça y est, il est là, il revient:
 le blues de la rentrée

Demain, les symptômes seront plus graves:
un mal fou à se réveiller, une folle envie de panne d'oreiller,
une mauvaise humeur au petit déjeuner,
une angoisse incompressible en découvrant les 1 500 mails et 20aine de coups de téléphones urgents auxquels il faut répondre,
les factures qui se sont amoncelées, dont certaines dates de délais de paiement largement dépassées ( merci l'Urssaf d'avoir comme dates de paiement le 15 aout et le 31 Aout) , ….
marre de devoir répéter à tout un chacun les quelques phares rituelles de retour de vacances, pas le temps de vraiment raconter ce qui fut important,
vision apocalyptique de l'agenda à venir avec une envie si forte de freiner avant de rentrer dans le tourbillon.
Le stock de tout à reconstituer: plus de beurre, plus de café, plus de PQ, les lessives à lancer et faire sécher, les courses de rentrée , fournitures scolaires  et autres,

Et c'est plus fort que soi, en 2 jours, çà y est, complètement emportés dans le tourbillon, à nouveau: les réunions, les RV clients, les courses, l'agenda qui se bouscule, le téléphone qui n'arrête pas, et les mails qui continuent d'arriver, et de nouveau, 1h par jour pour nettoyer ses spams et cie, …..

stop, stop , stop, stop!!

Pourquoi tout d'un coup ai-je l'impression de marcher à coté de mes pompes?
De quoi suis-je en train de faire le deuil?
Qu'est-ce qui fait que d'un coup toute mon énergie est sucée, que je me sens vidé!!
Pourquoi ai-je l'impression d'un coup de « subir » mon sort? d'être victime, sans pouvoir, sans puissance?

Que se cache-t-il derrière ce blues?
Et si ce blues , au lieu de l'enfouir vite fait, bien fait, en me laissant happé par le tourbillon habituel, si j'écoutais ce qu'il me dit? Si je le prenais au sérieux, comme un appel à une écoute de mes besoins? Un appel à ma créativité existencielle?
Je reviens d'une semaine à l'espace du possible, dont l'université d'été portait sur « le management humaniste » et « la civilité créative » , et là, tant de témoignages sur la souffrance au travail ! Quelque chose d'assez effrayant qui semble se diffuser , se répandre dans toutes les couches de la société, qui contamine tout: la famille, les enfants, … jusque parfois... le  «burn out « voire le suicide

Alors écoutons.

De quoi fais-je le deuil au retour de vacances ?
de me lever quand je veux, si je veux
d'aller me coucher quand je veux, si je veux
d'être en contact quasi journalier avec la nature
d'être coupé des nouvelles, des journaux, d'internet, voire du téléphone
de m'habiller léger, souple, sans contraintes
de sentir le corps libre, libre de bouger, libre de se reposer, libre de faire la fête, libre d'habits, en contact avec le soleil, avec l'eau, avec le vent, avec la terre, avec les autres corps
de manger des fruits et légumes succulents de soleil
de n'avoir comme contraintes  que celles que je me mets
d'avoir un temps de vie fluide, avec un temps relationnel plus important que le temps « tâches »,
d'être dans un temps 100% présent, sans être entâché de que qui était hier et de ce qui ce que sera demain , parfois me totalement coupé de nouvelles, d'ordinateur, voire de téléphone , permettant ainsi d'être 100% là, présent à ce qui est,  dans l'ici et maintenant,
de prendre le temps d'un vrai partage, partage d'idées, partage d'émotions, partage de sensualité,  avec son conjoint, avec ses amis, parler avec enfants , non seulement faire avec eux, mais simplement le temps d'être avec eux …..


En quoi suis-je « à coté de mes pompes »?
Qu'est que qui fait que mon énergie est sucée, vidée?
Mon rythme  de travail n'est pas mon rythme biologique
je côtoie dès le matin des gens que je n'ai pas choisi, dans le métro par exemple
je prends à peine le temps de m'occuper de moi la matin, à peine le temps de la douche
Je passe plus de 60% de mon temps à faire des choses que je n'ai pas choisies de faire
j'effectue des tâches non choisies
je suis statique, assis toute la journée derrière mon ordinateur
je ne marche plus
je mange mal à midi , la plupart du temps, d'un simple sandwich
je n'ai plus assez d'activité physique
je n'ai plus d'activité créative, d'activité « gratuite » pour le simple plaisir de se faire plaisir
j'ai une liste de choses à faire qui me sape le moral à l'avance
les aspects purement matériels et domestiques envahissent tout: factures, impôts, courses, ….
je n'ai plus le temps de perdre du temps


Comment me donner le temps de l'activité physique, de la marche, de la présence à mon corps, à ma créativité personnelle : peut-être instaurer un rituel: un temps dans la semaine, dans le mois? un rituel de promenade à pied, un rituel du Week-end? Avec qui partager pour pouvoir s'épauler? Se créer des émulations à plusieurs, des gages pour celles et ceux qui n'y arrivent pas? Quel jeu mettre en place pour s'émuler mutuellement? Des repères de type « une fois par mois, je vais danser avec mes potes » -s'engager vis-à-vis d'un groupe, d'une activité,  prendre des abonnements, ...
Comment donner accès à mon corps  à cette liberté, et à ce contact avec les 4 éléments? Poser de vacances, se préréserver des week-ends prolongés, ...
Comment maîtriser davantage le flux relationnel pour devenir moins réactif mais davantage préventif - Là aussi, se créer des rituels? de type : appel à mes clients/fournisseurs tous les jours de 10h à 11h –
Comment transformer la relation purement fonctionnelle, commerciale ou hiérarchique en un moment de vrai partage, d'échange autant intellectuel que profondément humain? Quelle valaur ajoutée créative, affective , pédagogique puis-je donner à chaque relation professionnelle? Que puis-je apprendre de chaque lien ?
Comment éviter de se laisser envahir par les aspects administratifs, matériels, domestiques? Que puis-je automatiser ? Déléguer? Externaliser?  Ritualiser?
Comment prendre le temps de s'arrêter en cours de journée, prendre le temps d'appels personnels  prendre le temps de manger , prendre le temps du plaisir de bien manger, le temps de la rencontre? Le temps de l'informel?
Comment recréer des coupures de temps, des rebonds, des soupirs, des accélérations, des bombances et des vides, des pleins et des déliés  dans mon organisation de mes tâches, de mon temps.
Comment recréer dans ma vie de tous les jours de la fluidité, de la pulsation entre l'inspir et l'expir, entre le yin ( accueil, écoute, gestation) et le yang ( expulsion, mise en action), , de la divergence et de la convergence, de temps externe, du temps interne, du rituel et de l'inattendu, de l'organisation et du chaos, des temps de « avec les autres » et des temps de « avec moi » , de la nourriture à l'extérieur, et de la capitalisation à l'intérieur ..
Comment donner sa juste place au corps? A l'affectif? De façon à équilibrer, et permettre un juste intégration entre nos 3 pôles: mental, corporel, affectif.
Comment créer de vraies respirations, de vraies coupures permettant de vivre chaque moment au présent, sans être contaminé par les tâches et projets d'après?
Comment prendre le temps de l'  « être avec.. » , et non seulement du « faire avec »...

Comment ne pas subir? Comment reprendre ma puissance de création? Comment pouvoir être  pleinement acteur de mon quotidien professionnel, sans me victimiser?
Alors, il ne s'agit pas tant de prendre de « bonne intentions », mais simplement de prendre le temps de poser un peu tout cela- de simplement se dire : « chic, j'ai le blues de la rentrée ! Donc il y a des choses nouvelles à créer,  et  de se saisir de ce blues comme d'une opportunité pour expérimenter un nouveau cycle, un nouveau départ, de ne pas bêtement enchaîner en refaisant plus de la même chose! Non! insuffler dans notre vie professionnelle quelque chose de la qualité de vie présente dans nos vies de « vacance » - Essayer autre chose, différemment, créer, réinventer,  redéfinir,  insuffler du neuf, changer de place, changer de rythme,  changer de partition, éviter la répétition de ce qui était déjà routinier . Et s'amuser!!!! se remettre en quête de son plaisir, se remettre en quête de son désir , avec ses envies, avec son « génie »  – Car là est la clef de l'énergie créative, le coeur du feu sacré.
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /2009 16:10
Dès que l'on parle de démarches de créativité, beaucoup imaginent de suite leur intérêt pour tout ce qui touche à l'innovation. Aussi nous parait-il nécessaire de clarifier quand et pourquoi les approches d'animation créative sont pertinentes, au delà de l'animation de sessions créatives portant sur des projets d'innovation.

1- Faire émerger l'intelligence collective
Ici, il ne s'agit pas d' « inventer la poudre ».
Il s'agit plutôt de créer un espace de partage et de synergies des intelligences des participants, basées sur leur expérience, sur leurs représentations, sur leurs émotions et sensations, sur leurs freins et leurs motivations, leurs rêves. Une approche résolument « collaborative » appliquée à diverses finalités:

- Mobilisation des énergies:
déclencher désir et dynamique pour impliquer les participants dans un projet, une aventure, un changement … Dans ce cas, l'animation créative visera à faire créer un espace de partage des pratiques, à faire émerger les aspects émotionnels / projet, à créer les conditions d'une appropriation par chacun des tenants et aboutissants du projet, de ses enjeux , et .. des transformations que cela suppose , tant au niveau individuel qu'un niveau collectif . Ici le facilitateur se doit de créer un climat protecteur, avec une éthique claire par rapport  à l'institution, de façon à éviter la manipulation et à garantir l'aspect collaboratif du processus ( prise en compte et traitement  par l'institution des freins et résistances, propositions correctrices, ….)

- Formation:

créer les conditions pour que les nouveaux apprentissages s'ancrent sur les préacquis des formés: leur expérience et leurs représentations. Démystifier les savoirs, créer des passerelles, faire émerger le désir d'apprendre. La formateur sera un émulateur de ce partage collectif et ses apports seront une réponse à des questionnements, des changements à venir. Il deviendra alors un facilitateur de prises de conscience réellement ancrées et d'entraînements à des savoir-faire nouveaux et « désirés ».

- Résolution de problèmes
problèmes organisationnels ou de communication, réparation de dysfonctionnements, résolution de conflits interpersonnels ou inter-services , régulation d'équipe, amélioration de la qualité du service, ....
Ici, il sera important de mobiliser l'intelligence créative pour établir un diagnostic partagé, sans « culpabilisation » , de mobiliser l'auto-responsabilisation  afin de permettre une co-création de nouveaux modes de fonctionnement de façon négociée. Des techniques simples de créativité peuvent permettre de créer un climat à la fois protecteur, permissif et permettre à chacun d'exprimer les solutions optimales et acceptables.

Dans ces 3 cas de figure, on le voit, l'approche d'animation créative ne se focalisera pas sur une production d'idées « rupturistes », mais bien davantage sur une facilitation  du partage, dans un climat serein, d'expériences, de ressentis, de questionnements et de solutions simples et négociées.
On reste dans une dynamique de créativité proche du réel et du conscient, avec toutefois une approche « sensible » essentielle.

2 – Faire émerger l'imaginaire collectif
Par contre, il est des registres pour lequel l'imaginaire et/ou  l'inconscient seront davantage sollicités, souvent avec un accent mis sur la phase d'idéation.

- Création de projet :
la dynamique de création partagée sera essentielle, à partir d'un cahier des charges coétabli: recueillir des idées des participants pour atteindre un objectif rassembleur.

- Vision – prospective :

faire se projeter chacun dans l'avenir rêvé et/ou bâtir ensemble des scénarii d'avenir aspirationnels, faire partager les changements et ruptures souhaités et souhaitables, imaginer le futur collectif , permettre à chacun de se positionner dans ces changements visés. Ici , le facilitateur devra aider chacun à « se décrocher «  du présent , à rêver le futur, à déployer l'imaginaire individuel et collectif .

- Innovation:

nouveaux services,nouveaux produits ou nouvelles organisations – disruption
Le décadrage créatif sera ici très sollicité, avec un fort appel à l'imaginaire et à l'inconscient afin sortir du réel, de l'existant.

On le voit, le degré de divergence dans l'animation créative sera différent selon le registre.  Par contre, une approche sensible de créativité peut être sollicitée dans les 2 cas de figure, avec des degrés d'implication personnelle variables.


Les stratégies d'intervention créative vont devoir prendre en compte ces multiples aspects :
- le type de problème
- le type de résultat escompté
- le style de créativité des participants ( créatif adaptateur/créatif innovateur)
- la culture organisationnelle ( 4 éléments)
- le climat organisationnel
- le temps disponible
- la taille du groupe et ses composantes
- l'énergie préférentielle du facilitateur
- les étapes  du processus créatif ( défi, idéation, action)
- le type d'animation ( dynamique ou sensible)


Venez approfondir ces aspects dans le prochain séminaire:
les stratégies d'intervention créative
Séminaire de perfectionnement d'animateurs - facilitateurs et consultants-formateurs en créativité

Isabelle Jacob
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /2009 13:51
Depuis quelques temps, bien des managers sont forts désarmés face à la nouvelle génération , appelée « génération Y » . Considérés comme des « zappeurs », des « mercenaires », des « enfants gâtés », les comportements managériaux de beaucoup n'ont aucune prise sur cette génération. Si certains managers se disent que « cela va passer », « il va bien falloir qu'ils s'adaptent à l'entreprise », d'autres ont conscience qu'il y a sans doute nécessité de manager différemment s'ils ne veulent pas voir partir les meilleurs éléments et voir dégringoler l'image de leur entreprise par un effet « buzz » plus puissant que les meilleurs campagnes de recrutement Web 2.0 .
Et si l'entreprise et le management, au lieu de faire l'autruche, se posaient réellement la question d'utiliser les opportunités possibles de cette génération au profil radicalement différent?

Les caractéristiques de la génération Y en quelques traits

- Ils ont entre 15 et 30 ans, ce sont les enfants des babyboomers tardifs , élevés devant la télé, avec une console de jeu à la main, habitués depuis leur plus jeune âge aux technologies nomades et aux réseaux web 2.0. de type Myspace, facebook, … des enfants gorgés d'images, de vidéo, d'internet, de SMS – Zappeurs ils le sont bien – Ils savent dénicher des informations. Ils ont du mal à comprendre pourquoi on leur refuse d'accéder aux technologies web 2.0 au bureau et à leurs mails privés, l'entreprise prétextant le cloisonnement nécessaire entre vie privée et vie professionnelle alors que dans le même temps, l'entreprise équipe ses cadres  de « blackberry » pour qu'ils soient joignables même chez eux aux heures privées ( d'ailleurs certains refusent cette offre).Pour eux, l'accès à l'information privilégié car plus immédiat, plus rapide, plus interactif  passe forcément par les NTIC.
- Bénéficiaires des programmes Erasmus, quasi nés avec l'Euro, ils se considèrent comme des citoyens de l'Europe, voire du monde, profondément interculturels et sensibles à toute discrimination en raison de l'origine. Ils sont curieux dès qu'ils sont passionnés .
- Enfants quelque peu gâtés  par des parents peu présents (la télé nounou) , ils aiment consommer,  et ils aspirent à une certaine stabilité de l'emploi qui leur donnerait accès à leur autonomie (pouvoir avoir accès à leur appartement , pouvoir voyager, s'acheter le dernier i-phone, …), mais pas à n'importe quel prix : ils sont prêt à quitter l'entreprise si leur mal être y est trop fort  et ce, malgré l'incertitude de la Crise. Ils savent que Papa et Maman seront toujours là! Certains arrivent même à partir et à se vendre en bande à la concurrence.
- Mais surtout ils aiment « prendre leur pied » : ayant vu leurs parents sacrifier leur vie personnelle à leur vie professionnelle, ils entendent bien trouver un équilibre et accorder une place de choix à leurs loisirs, à leurs amis, et n'entendent pas se tuer au travail . Aussi devenir manager n'est pas forcément leur ambition (certains refusent des promotions en disant goguenard à leur manager « non, ça va pas?  j'ai pas envie de devenir comme toi!!!! ». Plutôt adeptes du « carpe diem » qui fait dire à leurs ainés qu'ils ne veulent que du « fun » !
- Bien qu'assez individualistes, ils ont un besoin d'appartenance, sous forme de « tribus » basées sur les passions ou les expériences partagées et tentent de reconstituer à l'intérieur de l'entreprise des tribus  transcendant les cloisonnements. Ainsi peuvent se constituer en interne une tribu de « ceux qui sont fascinés par l'Inde » ou  « ceux qui jouent en Bourse » ou « ceux passionnés par l'art »  … Ils peuvent ainsi se lancer avec beaucoup d'énergie dans des projets avec des membres de leur tribu qu'ils connaissent à peine, l'essentiel étant de partager la même passion.
- Ayant tout de même intégré un certain nombre de valeurs de leurs parents post soixante-huitards, ils n'ont que faire des statuts, de la hiérarchie : ils sont plutôt adeptes d'une relation de parité, d'un fonctionnement horizontal faisant fi des organisations hiérarchiques , pyramidales et cloisonnées de l'entreprise. Avides de liberté , d'autonomie, ils peuvent être très entrepreneurs dès lors qu'ils sont passionnés
- Aussi questionnent-ils bien souvent les ordres et les décisions (ce qui fait qu'on les nomme également la génération « whyer »): il veulent comprendre pourquoi? Et le pourquoi du pourquoi? Le sens de ce qu'on leur demande, le pourquoi c'est à eux qu'on demande cela, ce qu'ils vont y apprendre, y gagner, y découvrir. Ils ont envie d'apprendre sans sassiété. Ils ont envie de donner leur avis sur tout et affichent sans complexe leur perplexité, leur méfiance, voire leurs désaccords. Ils questionnent l'utilité et manifestent une certaine intransigeance  pour une cohérence entre le discours et les actes.
- Bien qu'épris d'autonomie, de liberté, ils sont avides de reconnaissance, ont besoin d'énormément de « feed-back » , tant positif que négatif, mais sur un mode de partage, d'échange, de dialogue et ne supportent pas critiques ou engueulades qu'ils considèrent comme injustes, d'un autre temps, tyrannique . Ils ont horreur de se faire commander . Pour eux , un bon manager est un manager présent, qui dialogue, qui échange, qui diffuse l'information, qui les soutient, qui leur apprend , qui leur dit ce qui va ce qui ne va pas  avec tact, sur un mode de « mentorat » et qui met en place une bonne ambiance de travail participatif, créatif, décontracté. Pour eux, l'important n'est pas de travailler « pour » mais de travailler « avec ».
- De la même façon que, en tant que consommateur, ils ne recherchent pas un « produit » mais une expérience, ils attendent de leur entreprise non un « emploi » mais une expérience de vie, conscients que le temps important passé en entreprise se doit d'être passé de façon intelligente et créative.
- Les projets trop longs dont on ne voit pas la fin, la routine, les réunions d'informations passives , les formations théoriques , l'immobilité,  tout ceci les insupporte: il faut du mouvement, de l'interactivité, du changement, des challenges, de la créativité, de l'ambiance, du décloisonnement.

Quelles opportunités? Quelles ouvertures créatives?

Aussi voit-on tout de suite les opportunités qu'offrirait à cette génération un mode de management résoluement créatif et collaboratif, susceptible de modifier de vieilles habitudes ancrées mais dont finalement  tout le monde  souffre , y compris les génération précédentes:
Quelques pistes dont quelques unes imaginées par un groupe de manager d'une grande entreprise d'assurances auprès de qui je suis récemment intervenue):
- un mode de circulation de l'information s'appuyant sur les NTIC : à quoi bon perdre du temps pour organiser des agendas et mobiliser tant de monde pour des réunions d'information à faible valeur ajoutée
- priviligier les réunions pour une production à forte valeur ajoutée: de type réunions participatives et créatives s'appuyant sur l'échange, les compétences multiples, l'intelligence collective, la créativité de chacun
- mettre en place une dynamique de projets « challengeants »: transformer les tâches routinières et obligatoires en mini-projets à responsabilité tournantes
- vendre en interne les projets : attribuer au maximum les participations aux groupes projets en fonction d'un volontariat basé sur les passions, les motivations des personnes ( à l'image de l'approche de réflexion en intelligence collective de type « Open-space » également appelée «forum ouverts »)
- mettre en place des dynamiques de feed-back rapides
- mettre en place des communautés de métiers, des communautés de pratiques en interne transcendant les clivages générationnels et de services avec des outils de type facebook interne alimentés par les passions et les expériences de chacun
- lancer des groupes de discussions sur des thèmes de réflexion, voire des brainstormings virtuels transcendant les frontières
modifier les espaces de travail : les organiser par projets
- proposer des expériences sur projets pilotes à l'initiative des générations Y
- prévoir des modalités de flexibilité d'horaires en fonction des charges de travail, du type de travail et des enjeux ( annualisation du temps de travail, ou travail chez soi par exemple)
- réinterroger le sens de certaines « normes » de comportement social :( ex: si la cravate a du sens en cas de relation avec l'extérieur, elle est peu justifiable si je ne travaille qu'avec des collègues)
- les équiper d'outils de pensée productive créative  afin de leur donner davantage de grilles d'aide à la décision pour leurs managers, dans une optique de proactivité responsable
- utiliser leur ouverture sur l'extérieur, sur le monde, sur les arts pour leur confier des missions de veille et de recherche d'informations, de réseaux dont ils sont friands
- les charger de prendre en compte dans les projets les aspects délaissés par les générations précédentes concernant les préoccupations de responsabilité sociale, d'éthique, d'écologie, de développement durable auxquels ils sont sensibles
- ...

Bref, s'appuyer davantage sur leur énergie d'entreprendre basée sur les initiatives, passions, ouverture, réseaux et maîtrise des outils collaboratifs Web 2.0 de cette génération et transformer leur besoin de se sentir créatif et utile pour générer de nouvelles façons de travailler ensemble , pour faire de l'entreprise un lieu de vie, d'échange , de partage , de création permanent, sachant manager savoir, expérience, passions, compétences en mettant à l'honneur ce formidable moteur qu'est le plaisir et la motivation plutôt que la besogne !!!

En tout état de cause, il me paraît intéressant de lancer en interne, au sein de chaque entreprise une réflexion créative intergénérationnelle sur cette question, d'où émergeront à coup sûr des pratiques managériales et des modes d'organisation et de circulation de l'information forts différents de ceux d'aujourd 'hui, avec l'avantage d'avoir été co-créés par les différents acteurs.
Ainsi que de former son management aux approches de management créatif en intégrant cette nouvelle donne, visant une transformation des postures managériales vers une posture de "mentorat" et de "stimulation créative".

Ceci bien sûr accompagné d'un cadre ferme mais expliqué sur les devoirs de chacun envers le collectif,  sur la nécessité de règles du jeu de fonctionnement interne (notamment sur les temps de travail individuel/collectif) , sur le devoir de
persévérance une fois un engagement volontairement pris.
Un beau challenge créatif pour les RH.


 

Isabelle Jacob

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Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /2009 20:42
Un des temps forts du processus créatif est la divergence, qui consiste à s'autoriser une ouverture d'un « entonnoir » dans nos modes de pensée, nous permettant de sortir d'une logique « linéaire », de nos autoroutes de la pensée.
Et se pose alors toujours la question : comment et jusqu'où diverger?

Ce terme de « divergence » existe en optique. je vais donc m'emparer de cette acception pour tenter de décrire les diverses formes de divergence. ( je ne prétends pas vous offrir une description scientifique irréprochable: ne retenez que la portée métaphorique de l'exemple)

La divergence de la lumière et ses variations va dépendre de plusieurs facteurs: ( focale, caractéristiques du prisme ou de la lentille, des filtres et des surfaces de réflexion

Dans un milieu transparent, homogène et isotrope, la lumière se propage en ligne droite, de façon rectiligne donc, sans divergence : les supports des rayons sont des droites.
Dès le moment où la lumière va rencontrer un obstacle (un miroir par exemple), elle va se réfléchir , ou si elle va traverser un milieu diiférent, elle va se réfracter – En traversant une lentille, elle va diverger ou converger selon que la lentille est convexe ou concave.
Le mode de divergence va dépendre de mon « point de fuite », de la forme de ma lentille, des filtres optiques que j'appose, de la focale au travers de laquelle la lumière passe, de la présence ou non de matière réfléchissantes... Je vais ainsi obtenir différentes formes:
- le rayon laser, basé sur un principe d'émission stimulée de lumière, au travers d'un conduit très étroit, muni de miroirs ou matières réfléchissantes (rubis, ...) va produire une divergence faible de la lumière, mais excessivement intense et focalisée, capable de trancher.
- à l'opposé, si ma « focale » est très large, ma lentille très plate, mon point de fuite très large,  je vais obtenir une divergence plus large mais très floue , avec peu de portée et d'intensité
- avec un point de fuite suffisamment étroit, et/ou une lentille un peu plus convexe, cela me donnera une divergence qui garde son intensité lumineuse forte
- en introduisant des interférences, au contact de métaux ou de minéraux, je peux emmener la lumière à se distordre, à se polariser, à s'iriser (exemple : l'effet d'irisation sur les CD), ou à modifier la trajectoire des rayons lumineux
- si je dispose de plusieurs miroirs ou verres réfléchissants, comme dans un kaléidoscope, je peux aussi obtenir des effets de réfraction de la lumière fort intéressants  jusqu'à obtenir des images multiples


Ainsi donc, la lumière joue avec des formes de « réflexions »  et réfractions pour enchanter notre vie quotidienne.

Il en est de même avec nos formes de « réflexions » créatives.

- En partant de l'objet de ma recherche, si je reste dans mon mode de pensée habituel « transparent, homogène,  isotrope », ma pensée se propagera de façon rectiligne; ce sont mes autoroutes de la pensée, où je reste dans un environnement, tracé, dans le champ du connu.  Si je veux du neuf, il y a fort peu de chances que je l'obtienne. Il va donc falloir faire « réfléchir » ma pensée, voire la faire réfracter et la faire diverger.

- Si j'utilise un filtre très plat, très large, donc si je donne peu de « contraintes créatives » (par  exemple: je lance un brainstorming sur ma thématique peu « focalisée »), je vais obtenir une plus grande divergence que précédemment, mais avec beaucoup de déperdition d'énergie. L'intensité créative n'ira pas bien loin.
- En « focalisant » de façon plus étroite l'objet de ma recherche, je vais avoir une qualité meilleure par une divergence plus grande et une intensité créative plus intéressante. Je peux ainsi lancer sur ma problématique à partir de plusieurs « points de fuite », avec donc plusieurs phases de réflexion créative, obtenant ainsi un large faisceau d'idées créatives intéressant à exploiter.
- Si j'ajoute des filtres à ma pensée, ( la démarche analogique par exemple , ou les identifications) ....alors, je vais obtenir du neuf. Ces filtres vont me permettre de modifier notre éclairage, de changer notre réalité perçue
- Si , toujours avec une focalisation de la thématique, j'introduis de fortes contraintes , celle-ci vont agir à la façon d'une amplificateur de rayons comme dans le rayon laser: je vais obtenir une production créative excessivement focalisée, et très intense , très efficace. Pour garantir que cette production créative atteigne bien le « spectre » entier de mon problème , je vais sans cesse relancer la production créative en introduisant constamment de nouvelles contraintes ( par exemple par des approches altératives), en partant de plusieurs « points de fuite ».
- En introduisant dans ma recherche créative des éléments externes, des « interférences » ( par exemple par la bissociation, les combinaisons forcées,..) , alors je force des chemins de pensée différents, je crée de la réfraction tous azimuts,  voire de la distorsion , et j'obtiens ainsi des « effets » de lumière fort différents, de véritables « tromboscopes » créatifs, avec de la polarisation , des effets d'irisation.
- Enfin, en effectuant un détour encore plus grand par l'imaginaire, en stimulant les ressources de l'inconscient des participants, en m 'appuyant sur la portée émotionnelle (visualisation, dessin, abstraction, rêve éveillé, ...) , en recherchant de ce fait des « effets miroir , autoréfléchissants », des « effets spéciaux », alors le cheminement créatif devient un véritable kaléidoscope,  permettant de créer une grande multiplicité d'images nouvelles et une production créative étonnante et puissante, définitivement hors des autoroutes de la pensée.


Cette analogie nous éclaire sur le degré de divergence nécessaire en fonction du type de recherche créative à laquelle nous avons à faire. Il est évident que, plus je me situe dans une dynamique de « création de nouveau » ( prospective, vision, innovation de rupture, résolution de problèmes tenaces, création) , plus je vais avoir besoin de « créer des réalités nouvelles », plus les démarches rayon laser, tromboscope, irisantes et kaléidoscope seront nécessaires.
Pour toute innovation d'amélioration ( organisationnelle, qualité, ....) , j'aurai intérêt à « focaliser » mes angles d'attaque par une bonne analyse préalable me permettant d'identifier des sous-problèmes, et il sera fort utile de jouer avec des filtres pour « pour rendre étrange ce qui nous est trop familier » .


Il va de soi que l'effort de convergence sera à la hauteur de l'effort de divergence. Car plus la pensée aura été « réfractaire », plus le guidage vers la « convergence » sera délicat pour ne pas perdre en chemin l'intensité de l'effort créatif, ce qui nécessite une professionnalisme important des facilitateurs. Le facilitateur de séances créatives, vu sous cet angle, devient un éclairagiste. Si je veux faire un beau « son et lumière », si je veux « de la magie », « du nouveau », alors, je ne peux me passer d'un éclairagiste compétent, en mesure d'utiliser une large gamme d'appareillages de toutes sortes et capable de créer au sein du groupe des effets du lumière variés, du rythme, des « effets spéciaux ».

Isabelle Jacob
Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /2009 03:34

En ces temps de crise, ou de peur de crise, la tentation du management par la peur est fort prégnante. En effet, quoi de plus simple d' « esclavagiser » ses collaborateurs, de faire peser sur eux un harcèlement moral, une pression morale, prétextant que tant de gens à l'extérieur rêveraient d'avoir leur place. Un management de la soumission, de la pression, du marchandage, du chantage, où l'on va chaque jour en demander plus.
Travaillez plus pour gagner plus?
Quel est le coût de ce management par la peur, par la pression?
La démoralisation de la plupart des salariés ne vient-il pas d'une remise en question de la légitimité des gouvernances?
Comment dans ces conditions espérer de chaque collaborateur engagement, responsabilisation, prises d'initiatives, performance, imaginaire, volonté de qualité, volonté d'innover?
Sous stress, chacun se replie soit dans une attitude défensive, agressive, compétitive, morbide soit souvent dans une sorte d'agitation de façade histoire de « donner le change »!, soit dans une attitude quelque peu passive, avec force psychotropes, maladies, dépressions nerveuses, voire suicides. Ainsi s'instaure subrepticement une violence terrible au sein des organisations.
Est-ce vraiment là l'enjeu?
Imaginerait-on nos équipes sportives, nos troupes de théâtre, nos équipes de cinéma, nos troupes de danseurs managées par la peur? quel résultat aurait-on sur la qualité des oeuvres,  comment nos artistes et sportifs parleraient-ils de leur équipe, de leurs producteurs, de leurs oeuvres? quelles vocations susciterait-on chez les jeunes?

Il est temps de changer totalement de paradigme managérial.
Travaillez mieux pour gagner mieux?
et si l'on manageait par le plaisir?
Quelqu'un me racontait récemment qu'une société indienne de services informatiques, HCL, avait délibérément choisi comme mode de management de son entreprise: "l'employé d'abord", plutôt que le traditionnel "le client d'abord". Le patron d'HCL dit qu'il a gagné une plus grande fidélité des clients et de plus gros bénéfices en procédant de la sorte : "en procédant ainsi, chaque collaborateur devient un partenaire et se sent responsable de la clientèle et de l'évolution de l'entreprise ».
Ainsi, par exemple, HCL offre à ses employés la possibilité, une fois par semaine, de voter sur les principales décisions du management (ce qui permet au directeur de prendre ses décisions en sachant si ses collaborateurs sont prêts ou non à les soutenir).

Il est donc urgent de cultiver la motivation, source de plaisir. Sur le plan physiologique, l'hormone qui intervient dans le plaisir est la dopamine, avec une diminution de la sécrétion de cortisol , une des hormones du stress  et une augmentation de  la libération d'hormones de croissance, protectrices de l'immunité, et d'endorphines, sources de bien-être. « Un plaisir par jour chasse le stress », nous dit  Ethel Roskies, docteur en psychologie à  l'Université de Montréal.

Hans Selye, l'endocrinologue d'origine hongroise qui vivait au Canada parlait joliment de «l'altruisme égoiste » comme moyen de diminuer la toxicité du stress: « Quand on fait le bien, on se fait du bien ».

les constituantes du plaisir au travail?
un travail plein de sens
une reconnaissance de sa contribution, de son expérience
une atmosphère où chacun se sent respecté
une utilisation de ses talents, de sa force de travail, de sa créativité

Ce qui est susceptible de mobiliser chacun?
- le goût pour le travail bien fait, de la compétition et du défi:
relever des défis, innover, prendre une part de risques, créer du neuf utile.
- le goût pour l'associatif, la participation:
Se sentir intégré à une équipe fonctionnant comme telle, avec un réel esprit d'équipe et une participation active à celle-ci. On voit là les énormes leviers de motivation générés par les approches créatives où la participation et l'engagement de chacun sont fortement sollicités. De même, l'engagement de l'entreprise dans une cause, une fondation vont-elles rencontrer l'adhésion des personnes.
- le goût de l'économie, l'horreur du gâchis:
l'économie devient un facteur motivant pour nous, avec une prise de conscience qu'il ne faut pas gâcher si l'on veut investir, de faire attention à cette notion d'économie à condition qu'on ne perçoive pas de "gâchis" dans d'autres secteurs de l'entreprise. De la même façon les actions de responsabilité sociale et développement durable vont renforcer le sentiment d'appartenance.
- l'horreur d'être manipulé, le besoin de considération
Nous réclamons une certaine franchise. Nous avons de plus horreur qu'on nous cache les choses ou qu'on me mente, avec une horreur de se sentir manipulé. Avec une volonté d'être considéré comme un partenaire capable d'entendre et de comprendre même les vérités les plus désagréables.
- le goût pour la différenciation, pour l'auto-réalisation et pour la décentralisation
Chacun veut être reconnu en tant que personne, avec un besoin de se réaliser en atteignant des objectifs à la fixation desquels on a participé, et donc un besoin de connaître au plus prêt les éléments de gestion au plus proche de notre réalité, avec une proximité des centres de décision.

On peut voir l'efficacité des approches de travail collaboratif tels que l'approche du Forum Ouvert (Open Space), basées sur le couple de la «passion conjuguée avec la responsabilité», sur l'«énergie de la pause-café», sur l'«auto-organisation intentionnelle», sur l'«esprit en action», sur le couple «chaos et créativité». Les décisions prises au cours de ces réunions sont généralement plus complexes, plus solides et plus durables, et sont mises en place beaucoup plus rapidement que celles proposés par des spécialistes ou gestionnaires ayant recours aux méthodes traditionnelles.

Tout le monde connaît autour de lui des entrepreneurs, des auto-entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des intermittents, des artistes, dont chacun se demande d'où ils tirent leur énergie de travail, de créativité, d'engagement, eux qui ne reculent devant aucun effort pour mener leur projet à jour, qui ne comptent pas leurs heures, mûs par leur plaisir, leur passion, leur sentiment de responsabilité.

Aujourd'hui, chaque dirigeant, chaque manager se doit de se poser la question:
comment chacun de mes collaborateurs pourrait-il se sentir dans cet état d'esprit de l'auto-entrepreneur? comment faire en sorte que chaque collaborateur vienne chaque jour au travail avec plaisir?

Ainsi donc, il serait temps d'admettre enfin que la performance rime avec bien-être, que travail et plaisir sont à conjuguer de pair.
Travamuser, quoi! –

Isabelle Jacob





Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /2009 01:42
Nous avons coutume, en pensant au processus créatif, de nous représenter des séances de bombardement rapide d'idées, quelque peu chaotique, dans lequel tout est possible, en suivant les règles de la Roue libre - Et , en tant de formateurs à la créativité, il nous incombe en effet de permettre aux personnes de développer cette fluidité mentale nécessaire aux associations libres d'idées - et de proposer en conséquence un certain nombre d'exercices de mises en jambes des neurones pour pratiquer cette approche d'associations rapides d'idées, associations logique, phonétiques, symboliques, sémantiques, subjectives, inconscientes. Ces  associations "débridées" vont en quelque sorte permettre, non seulement une ouverture large des représentations quant à la thématique étudiée, mais vont également permettre un éloignement qui , s'il est exploité à bon escient , va autoriser un "détour créatif" fécond. On pourrait dire que l'énergie très "feu" est ici exigée, l'animateur ayant pour rôle essentiel de relancer, de souffler sur la braise pour faire repartie la flamme. Une énergie d'extériorisation, de pétillement, d'explosion du cadre initial. On pourrait dire "une énergie yang" . Avec une pratique du "oui et..." visant la quantité.
Le Yang sera donc utilisé pour effectuer des sorties de cadre basées sur l'aléatoire, la rencontre forcée, le jeu, la contrainte, pour bousculer.

Il est toutefois d'autres moments dans le processus de génération d'idées où au contraire, la production d'idées aura besoin d'un autre type d'énergie : ici , on n'aura pas tant besoin de quelque chose d'explosif, de pétillant, mais plutôt d'une énergie plus "eau", où chaque histoire, chaque idée va devoir s'enchaîner à l'idée précédente: une sorte de flux continu, où tout doit se relier, se lier, se combiner, s'élaborer. Ici pas de rupture, mais de la construction, de l'architecture collaborative. Il nous faut alors apprendre aux participants que l'idée n'est pas qu'un mot jeté, mais  une image que chacun peut pouvoir se représenter de la même façon, et où chaque image apportée va faire enrichir, fortifier, sensorialiser, préciser, développer l'image précédente, sans la casser. Ici, l'animateur va s'attacher à créer au sein du groupe une atmosphère d'écoute totale, d'accueil, de respect  infini pour l'idée et va recentrer le groupe sur la cohérence du film qui est en train de se construire . Le rythme de la production d'idées est dans ce cas plus ralenti - Il fera appliquer un "oui...et" visant l'élaboration. On pourrait dire une "énergie yin".
Le Yin sera utilisé pour effectuer des sorties du cadre par la construction de l'imaginaire, l'appel à l'inconscient, à l'émotion, à l'intuition. Pour laisser aux processus de maturation d'idées le temps de s'effectuer.

Ces 2 énergies se devront d'être présentes au sein d'un parcours créatif, en fonction de l'étape du processus et en fonction des techniques utilisées.

tentative de classement des techniques
selon ces 2 types d'énergie:

Yang:
- les techniques associatives : carte mentale, brainstorming,
- les techniques antithétiques : antiportrait, scénario-catastrophe,
- les techniques altératives de type "stretch"
- les bissociations ou combinaisons forcées
- PPCO ( Plus - Potentiels - Critiques - Options)


Yin:

- les approches analogiques : portrait chinois, semences visuelles, photolangages
- les approches projectives
- les techniques oniriques : pensée magique, rêve éveillé,
- les techniques narrative: conte, ...

Bien sûr, une même technique va pouvoir jouer sur les 2  énergies, si l'on est un animateur averti: on peut démarrer une séance d'altération par un bombardement de pistes suite à la question du "et si...." pour se terminer par une élaboration très construite  autour de 2 ou 3 pistes.
Et on peut tout à fait utiliser un détour vers l'imaginaire, de type yin, à partir d'une combinaison forcée.
Ce jeu entre les 2 énergies nécessite toutefois des facilitateurs très flexibles.


Cette distinction me parait clef pour les facilitateurs de séances de la créativité.
- quels échauffements créatifs j'utilise pour préparer, pour mettre en jambes" les neurones des participants?
- quelle rôle, quelle énergie, quel rythme, quelle voix vais-je moi même utiliser en tant qu'animateur ?

Il me semble également que cette distinction est à même de pouvoir  identifier, dans la vie de tous les jours, le moments où l'on a besoin d'une créativité Yang, des moments où l'on a besoin d'une créativité Yin.
Car bien souvent, nous mettons en place des moments de créativité à 2 ou 3, en coin de table, pour concevoir un cahier des charges, élaborer une recommandation, faire l'étude préliminaire d'un projet, améliorer un dispositif technique, ... , et il est important dans ce cas de pouvoir jouer sur ces 2 énergies créatives  même si l'on n'est pas dans une séance de créativité en tant que telle, donc a priori sans tout le "décorum" associé: entraînements, paperboards, post-it, images, ...

Isabelle Jacob

Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /2008 13:06
Force est de constater le désastre auquel l'organisation de toute la société autour de la valeur de l'argent nous a conduit. Echec économique de ce modèle, avec son cortège de répercussions terribles sur tant de plans: humain, géopolitique, écologique, psycho-sociologique, médical,...
- les entreprises souffrent, les salariés souffrent, les consommateurs et usagers souffrent, les paysans souffrent, les habitants des villes souffrent, les pêcheurs souffrent, le Tiers-Monde souffre, la planète souffre, le climat souffre, les jeunes comme les anciens souffrent, les parents comme les enfants souffrent , ... rien ni personne n'est épargné, tout le monde ressent peu ou prou une grande quantité de "mal être".
Rien n'est épargné par ces années d'erreurs successives, de relativisme éthique, d'anthropocentrisme débordant , de surexploitation éhontée des ressources, de politique de l'autruche, ces années où la qualité de la vie n'a eu que si peu la priorité dans l'ensemble des choix éducatifs, judiciaires, économiques, politiques, et scientifiques ... et ce, à grande échelle.

Pourtant, nombre de voix compétentes se sont élevées pour nous alerter des conséquences de ces choix, pour nous enjoindre de choisir des critères hautement plus vertueux quant à nos décisions collectives et/ou individuelles.
Et pendant que nous faisions la sourde oreille à ces propos jugés pessimistes, alarmistes, "anti-progrès", ...., tant de phénomènes vont s'amplifiant, sans aucune piste de solution pour y remédier:
- enfants et jeunes de plus en plus perturbés, qui, pour exister, n'ont trouvé que le recours à la violence - violence contre eux (taux de suicide en constante augmentation) , délinquance précoce, violence
- enseignants, éducateurs , travailleurs sociaux déroutés
- personnes âgées de plus en plus isolées et en maltraitance
- paysans endettés et empoisonnés par l'agriculture à base de chimie qui empoisonne à son tour l'ensemble de la chaîne du vivant, jusqu'au consommateur final, avec des taux de cancer et de diabètes inégalés
- taux de consommation de drogues autorisées : alcool, anxyolitiques, et autres Ritaline,  comme de drogues prohibées de plus en plus meurtrières d'ailleurs, qui ne cesse d'augmenter , touchant toutes les générations, catégories sociales et tous les pays
- Tissus urbains délités, sans commerces de proximité, et tissu rural appauvri des minimum de services publics
- travailleurs pauvres dans des pays riches et écart entre les revenus du travail et les revenus du capital de plus en plus grand,
agriculture de subsistance de plus en plus anéantie dans les pays en voie de développement sous la pression des lobbies de l'agro-alimentaire  préférant réserver les terres à l'agriculture d'exportation
- exodes massifs, émigrations climatiques, émigrations de la faim
- spéculations éhontées sur les matières premières , appropriation et brevetage du vivant
 - montée des replis communautaires, des fanatismes, du terrorisme et des kamikazes prêts à tout
- néo-esclavagisme un peu partout
- .....

Bref, impression d'être au coeur d'une spirale infernale, au coeur d'une complexité croissante où tout s'interpénètre, aboutissant à l'impression que tout ceci n'a pas de sens, que tout ceci  devient un enfer pour la prochaine génération.

Et pourtant....

Pourtant, nous entendons chaque jour parler autour de nous d'initiatives positives, qui nous redonnent espoir,  qui remettent du sens et de la vie au coeur de nos préoccupations, qui font confiance en les capacités des humains à se prendre en mains, à devenir des acteurs de la vie .
Il y a certes ces icônes de cette chaîne d'espoir tels que l'abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, Yann Arthus Bertrand,  Mr Yunus créateur du micro crédit
Il y a certes aussi les fondations ou associations ou ONG  de défense de la nature, de défense des droits humains, etc...
Il y a aussi et surtout des myriades de micro initiatives de terrain, prises en charge par le terrain, et qui ont un impact magnifique sur l'environnement proche:
- telle PME spécialiste en fournitures de bureaux décidant d'intégrer dans toutes ses décisions d'achat la mesure de l'équivalent -carbone , et ce faisant, assure à des PME locales une activité régulière du fait qu'elles deviennent dans ce cas très compétitives
- telle école en banlieue Lyonnaise sociologiquement "difficile" appliquant une pédagogie responsabilisant les élèves dans leur apprentissage et faisant de ce fait reculer à la fois l'échec scolaire, et la violence à l'école
- tel promoteur immobilier arrivant à loger des personnes en grande difficulté dans des immeubles et quartiers "bourgeois" grâce à la péréquation possible des autres loyers au "prix du marché", permettant de ce fait non seulement une sortie de l'exclusion sociale, mais un brassage sociologique à l'échelle du quartier et de l'école
- tel maire de commune rurale mettant quasi gratuitement à disposition des locaux d'habitation de de commerce à des "citadins" en déserrance, permettant de ce fait de repeupler la commune,et l'école, d'avoir accès à des services  de proximité faisant revivre le pays outre l'assistance concrète au reclassement des personnes
- tel autre maire décidant, face à la montée des cancers chez les enfants, de créer un cantine bio, de ce fait, impactant non seulement sur la santé des enfants, mais aussi sur les choix des agriculteurs locaux
- tel collectif d'habitants d'un quartier HLM décidant d'installer au pied des barres inhumaines des jardins potagers de proximité, générant de ce fait non seulement un accès peu coûteux des familles à un régime riche en légumes, mais une qualité de communication entre les habitants et une baisse de la délinquance locale (les mères dehors à même de surveiller les jeunes, eux-mêmes respectant le travail de leurs mères, ...

Bref, on voit là de magnifiques expériences systémiques, avec des retombées multiples tant psychologiques, que sociologiques et économiques.

Partout cette créativité a pu se mettre en oeuvre par une conjonction de talents, une dynamique de création partagée, un décloisonnement entre particulier, public, associatif, ...

Ceci est à la portée de chacun d'intervenir à cette échelle micro:
- que puis-je faire pour redonner sens à mes actes, à mon institution, à mon entreprise, avec des valeurs partagées par chacun?  Que puis-je faire pour que chacun soit fier de contribuer à ce collectif : en tant que salarié, usager, fournisseur, entrepreneur,... ? que puis-je faire pour mettre en priorité les valeurs du "vivant"?

Sur quoi axer notre créativité? pour faire plus de la même chose? ou pour inverser le cours des choses, réinventer nos modes de fonctionnement, innover dans des actions saines, des produits sains, sur le plan éthique, sur le plan écologique, sur le plan de la santé, ...
Comment permettre à chacun de renforcer son identité au travail, avec de réelles possibilités de s'exprimer, de co-créer, de prendre des initiatives, en tant que salarié, en tant que jeune, habitant, usager, ...avec une utilisation optimale de nos diversités culturelles, générationnelles, de compétence, ...
Quelles formes nouvelles de "vivre ensemble" pouvons nous générer , dans nos communes, nos quartiers, nos entreprises: quels modes de travail collaboratif, fait de respect , impliquant ses clients, ses partenaires, ses fournisseurs, en décloisonnant, en déstratificant.
Comment remettre une énergie de vie dans nos organisations ou dans nos villes ou nos campagnes mortes, comment remettre du plaisir, du rire, de désir au sein de nos communautés humaines.
Quels nouveaux projets, nouveaux produits, nouveaux services qui soient utiles, sains, bons pour la santé, respectant le vivant, à réelle valeur ajoutée?
Comment générer une réelle dynamique de partage du savoir, d'éducation perpétuelle, d'ouverture, d'apprentissage par nos pairs, ...

Il est grand temps de réorienter notre énergie créative et notre intelligence affective.
Pour cela, il nous sera nécessaire de créer un cercle vertueux d'approches aujourd'hui dissociées, cloisonnées, sans lien entre elles:
- développement durable et commerce équitable
- agriculture et production biologique, écologie
- intelligence collective, travail collaboratif, transdisciplinarité, dynamiques de création partagée, créativité appliquée
- management éthique
- pédagogies actives et responsabilisantes
- communication non violente
- technologies de partage et de réseau, technologies opensource
- knowledge management
- économie sociale et solidaire
Bref, une approche holistique, globale, systémiqe, prenant en compte la complexité et l'interdépendance, créerait un cocktail déronnant susceptible d'offrir un modèle innovant, hautement créateur de valeur.
Les compétences sont là!
Les bonnes volontés sont là
Les vecteurs de croissance économiques sont là
L'innovation est là

Il nous faut éclater nos chapelles physiquement et mentalement, mettre ces compétences en réseau, partager nos outils d'analyse, d'intervention, de créativité, de modes de travail.
Appliquer à nous-mêmes les principes de transdisciplinarité.

Les méthodologies de pensée créative et d'intelligence collective constituent des bases solides et éprouvées dans leur efficacité à faire surgir de la diversité des trésors d'inventivité.

Chacun de nous, entrepreneur, responsable associatif, banquier, cadre, consultant, parent, éducateur, commerçant, ... peut être porteur d'une véritable réorientation de notre énergie créative.

Dans cette période de chaos, quels sont les attracteurs étranges qui vont nous permettre d'accéder à un niveau de créativité supérieur, permettant d'ordonner ce chaos dans une direction radicalement différente?
  Remettre le "V.I.V.R.E." au centre
- V comme Valeur, sens, utilité, Vision du monde
- I comme Identité: renforcer expression, créativité, reconnaissance, initiative de chacun
- V comme Vivre Ensemble avec respect, intelligence affective, ...
- R comme Réalisations concrètes, utiles, saines, ...
- E comme Education : partage, apprentissage, ...
et ce déclinées à plusieurs niveaux:
- pour soi, pour sa communauté , son institution
- pour les autres: clients, fournisseurs, partenaires, usagers, consommateurs
- pour la planète, l'équilibre écologique, l'équilibre entre les peuples, ...

 


Isabelle Jacob


Par Isabelle Jacob - Publié dans : Réflexions
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