En ces temps de crise, ou de peur de crise, la tentation du management par la peur est fort prégnante. En effet, quoi de plus simple d' « esclavagiser » ses collaborateurs, de faire peser sur eux
un harcèlement moral, une pression morale, prétextant que tant de gens à l'extérieur rêveraient d'avoir leur place. Un management de la soumission, de la pression, du marchandage, du chantage, où
l'on va chaque jour en demander plus.
Travaillez plus pour gagner plus?
Quel est le coût de ce management par la peur, par la pression?
La démoralisation de la plupart des salariés ne vient-il pas d'une remise en question de la légitimité des gouvernances?
Comment dans ces conditions espérer de chaque collaborateur engagement, responsabilisation, prises d'initiatives, performance, imaginaire, volonté de qualité, volonté d'innover?
Sous stress, chacun se replie soit dans une attitude défensive, agressive, compétitive, morbide soit souvent dans une sorte d'agitation de façade histoire de « donner le change »!, soit dans une
attitude quelque peu passive, avec force psychotropes, maladies, dépressions nerveuses, voire suicides. Ainsi s'instaure subrepticement une violence terrible au sein des organisations.
Est-ce vraiment là l'enjeu?
Imaginerait-on nos équipes sportives, nos troupes de théâtre, nos équipes de cinéma, nos troupes de danseurs managées par la peur? quel résultat aurait-on sur la qualité des oeuvres, comment
nos artistes et sportifs parleraient-ils de leur équipe, de leurs producteurs, de leurs oeuvres? quelles vocations susciterait-on chez les jeunes?
Il est temps de changer totalement de paradigme managérial.
Travaillez mieux pour gagner mieux?
et si l'on manageait par le plaisir?
Quelqu'un me racontait récemment qu'une société indienne de services informatiques, HCL, avait délibérément choisi comme mode de management de son entreprise: "l'employé d'abord", plutôt que le
traditionnel "le client d'abord". Le patron d'HCL dit qu'il a gagné une plus grande fidélité des clients et de plus gros bénéfices en procédant de la sorte : "en procédant ainsi, chaque
collaborateur devient un partenaire et se sent responsable de la clientèle et de l'évolution de l'entreprise ».
Ainsi, par exemple, HCL offre à ses employés la possibilité, une fois par semaine, de voter sur les principales décisions du management (ce qui permet au directeur de prendre ses décisions en
sachant si ses collaborateurs sont prêts ou non à les soutenir).
Il est donc urgent de cultiver la motivation, source de plaisir. Sur le plan physiologique, l'hormone qui intervient dans le plaisir est la dopamine, avec une diminution de la sécrétion de cortisol
, une des hormones du stress et une augmentation de la libération d'hormones de croissance, protectrices de l'immunité, et d'endorphines, sources de bien-être. « Un plaisir par jour
chasse le stress », nous dit Ethel Roskies, docteur en psychologie à l'Université de Montréal.
Hans Selye, l'endocrinologue d'origine hongroise qui vivait au Canada parlait joliment de «l'altruisme égoiste » comme moyen de diminuer la toxicité du stress: « Quand on fait le bien, on se fait
du bien ».
les constituantes du plaisir au travail?
un travail plein de sens
une reconnaissance de sa contribution, de son expérience
une atmosphère où chacun se sent respecté
une utilisation de ses talents, de sa force de travail, de sa créativité
Ce qui est susceptible de mobiliser chacun?
- le goût pour le travail bien fait, de la compétition et du défi:
relever des défis, innover, prendre une part de risques, créer du neuf utile.
- le goût pour l'associatif, la participation:
Se sentir intégré à une équipe fonctionnant comme telle, avec un réel esprit d'équipe et une participation active à celle-ci. On voit là les énormes leviers de motivation générés par les approches
créatives où la participation et l'engagement de chacun sont fortement sollicités. De même, l'engagement de l'entreprise dans une cause, une fondation vont-elles rencontrer l'adhésion des
personnes.
- le goût de l'économie, l'horreur du gâchis:
l'économie devient un facteur motivant pour nous, avec une prise de conscience qu'il ne faut pas gâcher si l'on veut investir, de faire attention à cette notion d'économie à condition qu'on ne
perçoive pas de "gâchis" dans d'autres secteurs de l'entreprise. De la même façon les actions de responsabilité sociale et développement durable vont renforcer le sentiment d'appartenance.
- l'horreur d'être manipulé, le besoin de considération
Nous réclamons une certaine franchise. Nous avons de plus horreur qu'on nous cache les choses ou qu'on me mente, avec une horreur de se sentir manipulé. Avec une volonté d'être considéré comme un
partenaire capable d'entendre et de comprendre même les vérités les plus désagréables.
- le goût pour la différenciation, pour l'auto-réalisation et pour la décentralisation
Chacun veut être reconnu en tant que personne, avec un besoin de se réaliser en atteignant des objectifs à la fixation desquels on a participé, et donc un besoin de connaître au plus prêt les
éléments de gestion au plus proche de notre réalité, avec une proximité des centres de décision.
On peut voir l'efficacité des approches de travail collaboratif tels que l'approche du Forum Ouvert (Open Space), basées sur le couple de la «passion conjuguée avec la responsabilité», sur
l'«énergie de la pause-café», sur l'«auto-organisation intentionnelle», sur l'«esprit en action», sur le couple «chaos et créativité». Les décisions prises au cours de ces réunions sont
généralement plus complexes, plus solides et plus durables, et sont mises en place beaucoup plus rapidement que celles proposés par des spécialistes ou gestionnaires ayant recours aux méthodes
traditionnelles.
Tout le monde connaît autour de lui des entrepreneurs, des auto-entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des intermittents, des artistes, dont chacun se demande d'où ils tirent leur énergie de
travail, de créativité, d'engagement, eux qui ne reculent devant aucun effort pour mener leur projet à jour, qui ne comptent pas leurs heures, mûs par leur plaisir, leur passion, leur sentiment de
responsabilité.
Aujourd'hui, chaque dirigeant, chaque manager se doit de se poser la question:
comment chacun de mes collaborateurs pourrait-il se sentir dans cet état d'esprit de l'auto-entrepreneur? comment faire en sorte que chaque collaborateur vienne chaque jour au travail avec
plaisir?
Ainsi donc, il serait temps d'admettre enfin que la performance rime avec bien-être, que travail et plaisir sont à conjuguer de pair.
Travamuser, quoi! –
Isabelle Jacob
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