Nous avons coutume, en pensant au processus créatif, de nous représenter des séances de bombardement rapide d'idées, quelque peu chaotique, dans lequel tout est possible, en suivant les règles de
la Roue libre - Et , en tant de formateurs à la créativité, il nous incombe en effet de permettre aux personnes de développer cette fluidité mentale nécessaire aux associations libres d'idées - et
de proposer en conséquence un certain nombre d'exercices de mises en jambes des neurones pour pratiquer cette approche d'associations rapides d'idées, associations logique, phonétiques,
symboliques, sémantiques, subjectives, inconscientes. Ces associations "débridées" vont en quelque sorte permettre, non seulement une ouverture large des représentations quant à la thématique
étudiée, mais vont également permettre un éloignement qui , s'il est exploité à bon escient , va autoriser un "détour créatif" fécond. On pourrait dire que l'énergie très "feu" est ici exigée,
l'animateur ayant pour rôle essentiel de relancer, de souffler sur la braise pour faire repartie la flamme. Une énergie d'extériorisation, de pétillement, d'explosion du cadre initial. On pourrait
dire "une énergie yang" . Avec une pratique du "oui et..." visant la quantité.
Le Yang sera donc utilisé pour effectuer des sorties de cadre basées sur l'aléatoire, la rencontre forcée, le jeu, la contrainte, pour bousculer.
Il est toutefois d'autres moments dans le processus de génération d'idées où au contraire, la production d'idées aura besoin d'un autre type d'énergie : ici , on n'aura pas tant besoin de quelque
chose d'explosif, de pétillant, mais plutôt d'une énergie plus "eau", où chaque histoire, chaque idée va devoir s'enchaîner à l'idée précédente: une sorte de flux continu, où tout doit se relier,
se lier, se combiner, s'élaborer. Ici pas de rupture, mais de la construction, de l'architecture collaborative. Il nous faut alors apprendre aux participants que l'idée n'est pas qu'un mot jeté,
mais une image que chacun peut pouvoir se représenter de la même façon, et où chaque image apportée va faire enrichir, fortifier, sensorialiser, préciser, développer l'image précédente, sans
la casser. Ici, l'animateur va s'attacher à créer au sein du groupe une atmosphère d'écoute totale, d'accueil, de respect infini pour l'idée et va recentrer le groupe sur la cohérence du film
qui est en train de se construire . Le rythme de la production d'idées est dans ce cas plus ralenti - Il fera appliquer un "oui...et" visant l'élaboration. On pourrait dire une "énergie yin".
Le Yin sera utilisé pour effectuer des sorties du cadre par la construction de l'imaginaire, l'appel à l'inconscient, à l'émotion, à l'intuition. Pour laisser aux processus de maturation d'idées le
temps de s'effectuer.
Ces 2 énergies se devront d'être présentes au sein d'un parcours créatif, en fonction de l'étape du processus et en fonction des techniques utilisées.
tentative de classement des techniques
selon ces 2 types d'énergie:
Yang:
- les techniques associatives : carte mentale, brainstorming,
- les techniques antithétiques : antiportrait, scénario-catastrophe,
- les techniques altératives de type "stretch"
- les bissociations ou combinaisons forcées
- PPCO ( Plus - Potentiels - Critiques - Options)
Yin:
- les approches analogiques : portrait chinois, semences visuelles, photolangages
- les approches projectives
- les techniques oniriques : pensée magique, rêve éveillé,
- les techniques narrative: conte, ...
Bien sûr, une même technique va pouvoir jouer sur les 2 énergies, si l'on est un animateur averti: on peut démarrer une séance d'altération par un bombardement de pistes suite à la question
du "et si...." pour se terminer par une élaboration très construite autour de 2 ou 3 pistes.
Et on peut tout à fait utiliser un détour vers l'imaginaire, de type yin, à partir d'une combinaison forcée.
Ce jeu entre les 2 énergies nécessite toutefois des facilitateurs très flexibles.
Cette distinction me parait clef pour les facilitateurs de séances de la créativité.
- quels échauffements créatifs j'utilise pour préparer, pour mettre en jambes" les neurones des participants?
- quelle rôle, quelle énergie, quel rythme, quelle voix vais-je moi même utiliser en tant qu'animateur ?
Il me semble également que cette distinction est à même de pouvoir identifier, dans la vie de tous les jours, le moments où l'on a besoin d'une créativité Yang, des moments où l'on a besoin
d'une créativité Yin.
Car bien souvent, nous mettons en place des moments de créativité à 2 ou 3, en coin de table, pour concevoir un cahier des charges, élaborer une recommandation, faire l'étude préliminaire d'un
projet, améliorer un dispositif technique, ... , et il est important dans ce cas de pouvoir jouer sur ces 2 énergies créatives même si l'on n'est pas dans une séance de créativité en tant que
telle, donc a priori sans tout le "décorum" associé: entraînements, paperboards, post-it, images, ...
Isabelle Jacob
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