Quelle aventure extraordinaire que celle du mouvement du Bauhaus de 1919 à 1934 !! On ne peut aujourd'hui que constater combien le
Bauhaus a véritablement été à la source du design, de l'urbanisme et de l'architecture d'aujourd'hui.
« Gropius réussit à faire de cette école un centre de réalisation de la culture mondiale de cette époque » Udo
Kultermann, ...
"Presque tout ce qui est devenu le cadre de notre vie quotidienne, dans ce qu'elle semble avoir de plus moderne, a été pensé et exécuté au Bauhaus. » M Ragon
Il a également jeté les bases de la performance artistique et du nouveau théâtre
« tous les moyens spatiaux susceptibles d'arracher le public à son indolence intellectuelle, de le bouleverser et
de le forcer à prendre une part effective à l'action »
Totalement visionnaire aussi:
« la décongestion des villes sera assurée par le transfert de ceux qui n'y ont pas d'emploi permanent "
Les ingrédients de cette aventure révolutionnaire, visionnaire, sont d'ordre multidimensionnel:
- Une conception totalement transversale de la formation: trans-disciplinaire (bois, métal, verre, tissu, lumière, danse, photographie, architecture, couleur, forme, mouvement, ....),
trans-métiers (artistes et artisans s'y cotoyaient à parité), trans-hiérarchique (grande parité entre maîtres et élèves), Intégrative ( mettant en oeuvre chez les élèves le rationnel,
l'émotionnel, le corporel). La fin de la frontière entre l'art, l'artisan, la technologie devient une réalité ( déjà initiée par Gallé quelques années plus tôt)
- un corps enseignant à la pointe de la recherche et des nouveaux courants : on retient les noms de Wassily Kandinsky, Paul Klee, Oscar Schlemmer, Marcel Breuer, Lazlo Noholy-Nagy,
Johannes Itten, Feininger, Théo Von Doesburg, Marianne Brandt, ....
- une émulation constante de la créativité des élèves par des projets : projets expérimentaux lors des nombreuses fêtes, expositions et performances organisées autour de thématique (la fête
des tuyaux, la fête des cloches, ....) , projets réels en réponse à des commandes d'industriels.
- une énergie créative dopée par un fort sentiment d'appartenance: réapprentissage d'une vie communautaire marquée par le partage d'une vision - vision de l'art, vision du beau,
vision du fonctionnel, "pour concevoir n'importe quoi - un meuble, une maison - de façon qu'il puisse fonctionner correctement, il faut d'abord rechercher son essence" - , le beau
"au service des besoins du peuple plutôt que du luxe". Des valeurs où se mélangent utopie socialiste, volonté de modèles démocratiques et coopératifs, l"'art pour tous"
prôné lors de la Belle Epoque.
- une dimension de la fête et du plaisir partout présente: dans les cours, dans la vie communautaire, ...
- une ouverture constante sur l'extérieur, de façon centrifuge autant que centripète: les artistes et artisans invités, des fêtes et expositions ouvertes sur la ville, une invitation des
élèves à sortir, à explorer à l'extérieur, .... jusqu'à fusionner avec des mouvements proches tels le mouvement de Stijl aux Pays-Bas (Mondrian, ....)
- une pédagogie novatrice: expérimentale (nouvelles théories sur la couleur et les formes, essais sur la typographie, ....) et expériencielle, appliquée, ludique, multisensorielle, avec un
double tutorat: les maîtres de la forme: les artistes et les Maîtres artisans, ainsi que des dynamiques d'autoévaluation par les élèves.
Si les créations du Bauhaus sont aujourd'hui encore si prégnants dans le design et l'architecture contemporains ( répliques encore industrialisées aujourd'hui), si de nombreuses écoles
d'architecture se revendiquent de cette lignée, (il y eut le New Bauhaus de Chicago dans les années 40), et aujourd'hui, l'Université du Bauhaus à Weimar reprend le flambeau de cette
approche trans-disciplinaire, nos organisations d'aujourd'hui auraient beaucoup à tirer, à s'inspirer de cette approche en termes de management de la créativité.
A vous de transposer.....
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